Football - Alsace
L'oeil de l'observateur... avec Eugène Battmann
«Le FCM ? Mal au coeur»
Figure légendaire du FC Mulhouse et du FC Sochaux, Eugène Battmann continue, à 69 ans, de prospecter pour le club doubiste. Ses avis éclairés valent le détour.
- Êtes-vous toujours aussi accaparé par le football ?
- Je vais voir régulièrement les jeunes pour Sochaux. Cela fera bientôt dix ans. Je connais un peu les gens et les entraîneurs du coin. On me signale des gamins, essentiellement deux évoluant en DH. Ces clubs recrutent les meilleurs du secteur.
- Votre travail de détection est-il fructueux ?
- Tous ne réussissent pas, la plupart sont dans le circuit professionnel par mon biais. Je pense à Quercia (Magny) qui joue à Auxerre, à Ryad Boudebouz (Colmar) et Josse (Gérardmer), chez les Sochaliens actuellement. Je brasse le Grand Est, parfois en Suisse. Récemment, Serdar Gurler (Obermodern) était remplaçant à Lyon avec Sochaux. Il y a un autre prometteur, Martial Riff, sans parler de Mathieu Dreyer, la doublure de Richert.
- Que regardez-vous en premier ?
- Le talent exclusivement. Pour jouer au haut niveau en L1, c'est la première condition. Il y a aussi la vitesse, la vision du jeu, la technique. C'est un ensemble. Quand vous avez un tout bon, un regard suffit. Cela ne veut pas dire qu'il réussira.
D'autres, il faut les superviser plusieurs fois et juger l'état d'esprit, la volonté. Le gars au-dessus, n'importe peut dire «il est bon», le sera-t-il dans cinq ou dix ans ? Le jeune qui se bat et possède un mental d'acier a des chances. C'est dur de percer dans un centre de formation. L'écrémage fait des déçus.
«Le CFA aujourd'hui
c'est la DH il y a 30 ans»
- Avez-vous des jeunes qui ont échoué à Sochaux ?
- Je ne calcule pas les taux d'échec. Ceux qui n'ont pas percé, n'étaient pas assez talentueux ou manquaient de caractère. Ils ressortent tout de même avec des acquis et une formation non négligeables. Je pense à Benoît Haaby (Amiens). Le cas typique c'est Adrien Baur: le meilleur de sa catégorie, il manquait de volonté. C'est un gamin qui a du talent, cela n'a pas suffi. Il ne s'est pas mis minable. Martial Riff est moins doué techniquement, mais il se bagarre de la première à la dernière minute.
- Allez-vous dans les quartiers populaires ?
- L'autre jour, je suis allé au Brustlein, chez les jeunes du Mouloudia. Lorsqu'on me parle d'un élément à suivre, je n'hésite pas. Je suis déjà aller aux Coteaux.
- Que vous inspire le Racing Strasbourg ?
- Les gamins partent. Lorsque vous voyez qu'il y a deux ans, ils n'ont pas su conserver Kevin Gameiro et que ce dernier a vu sa valeur tripler... Le cas de Mathlouti est identique (Moenchengladbach). C'est indéniable, la matière est là.
- La situation sportive du FC Mulhouse doit vous interpeller ?
- Cela me fait mal au coeur. A une époque, de nombreux jeunes sont partis. Il fallait conserver les Pfertzel et Ehret. Je pense aussi à Malek Aït Alia. Adrien Baur, il aurait fallu le reprendre. D'où vient le problème ? Je me pose la question. Le jeune Arnaud Demuth n'était pas mal, Guillaume Eglin et Stéphane Schneider, on pouvait les mettre en confiance. Un Régis Kittler, un Mastroianni, pourquoi ne les a-t-on pas gardés ? Le club n'est pas à sa place. Il ne suffit pas de dire: «On va monter». C'est triste. L'argent ne fait pas tout.
- A Mulhouse, le public est sevré ?
- C'est plus faible que dans le temps. Le National s'est intercalé. Le CFA d'aujourd'hui, c'est la DH d'il y a 30 ans. Les joueurs changent trop souvent de club. A mon époque, il y avait des ossatures à l'AS Mulhouse, à l'ASCA Wittelsheim et au FC Mulhouse. Au FC Mulhouse, commente voulez-vous travailler si on change d'un coup une douzaine de joueurs ? Certains n'ont plus l'amour du club et vadrouillent. Les clubs haut-rhinois se livrent une bataille pour enrôler les joueurs.
N.S.